Didactique: "le roseau pensant", sujet et dissertation partiellement rédigée

Sujet


Vous entreprenez, dans une classe de Première, une étude du corpus proposé en liaison avec l’objet d’étude : « La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours. »
Dans une composition argumentée, vous définirez votre projet d’ensemble et ses modalités d’exécution en justifiant vos choix.
  • Texte 1 : Blaise PASCAL, Pensées, fragments écrits avant 1658, première édition posthume, 1669.
  • Texte 2 : Jean de LA FONTAINE, « Le Chêne et le Roseau », Fables, I, 22, 1668.
  • Texte 3 : Jean ANOUILH, « Le chêne et le roseau », Fables, 1962.
  • Texte 4 : Jean-Claude BRISVILLE, L’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune, 1985

Texte 1 : Blaise PASCAL, Pensées, fragments écrits avant 1658, première édition posthume, 1669.


L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue puisqu'il sait qu’il meurt et l'avantage1 que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il nous faut relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir.
Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
*
Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.
*
Roseau pensant.
Ce n’est point de l’espace que je dois chercher ma dignité, mais c’est du règlement de ma pensée. Je n’aurais point davantage en possédant des terres. Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends.
*
La grandeur de l’homme.
La grandeur de l’homme est si visible qu’elle se tire même de sa misère, car ce qui est nature aux animaux nous l’appelons misère en l’homme ; par où nous reconnaissons que sa nature étant aujourd’hui pareille à celle des animaux, il est déchu d’une meilleure nature qui lui était propre autrefois.
Car qui se trouve malheureux de n’être pas roi sinon un roi dépossédé ? Trouvait-on Paul-Emile2 malheureux de n’être pas consul ? Au contraire, tout le monde trouvait qu’il était heureux de l’avoir été, parce que sa condition n’était pas de l’être toujours. Mais on trouvait Persée3 si malheureux de n’être plus roi, parce que sa condition était de l’être toujours, qu’on trouvait étrange de ce qu’il supportait la vie. Qui se trouve malheureux de n’avoir qu’une bouche et qui ne se trouverait malheureux de n’avoir qu’un œil ? On ne s’est peut-être jamais avisé de s’affliger de n’avoir pas trois yeux, mais on est inconsolable de n’en point avoir.

________________________________
  1. Avantage : complément de « sait ».
  2. Paul-Emile : consul romain, vainqueur de Persée.
  3. Persée : roi de Macédoine ; après sa défaite, on s’étonne qu’il ne préfère pas se suicider plutôt que de participer au triomphe de son vainqueur.


Texte 2: Jean de LA FONTAINE, "Le Chêne et le Roseau", Fables, I, 22, 1668.       

Illustration de Jean-Baptiste Oudry
Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
         Le moindre vent, qui d'aventure
         Fait rider la face de l'eau,
         Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
         Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
         Dont je couvre le voisinage,
         Vous n'auriez pas tant à souffrir :
         Je vous défendrais de l'orage ;
         Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
     Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
         Contre leurs coups épouvantables
         Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
         Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
         L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
         Le vent redouble ses efforts,
         Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

Texte 3: Jean ANOUILH, "Le chêne et le roseau", Fables, 1962.

     
 Le chêne un jour dit au roseau :
« N'êtes-vous pas lassé d'écouter cette fable ?
         La morale en est détestable ;
Les hommes bien légers de l'apprendre aux marmots.
Plier, plier toujours, n'est-ce pas déjà trop,
         Le pli de l'humaine nature ? »

« Voire, dit le roseau, il ne fait pas trop beau ;
        Le vent qui secoue vos ramures
(Si je puis en juger à niveau de roseau)
        Pourrait vous prouver, d'aventure,
        Que nous autres, petites gens,
Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents,
Dont la petite vie est le souci constant,
Résistons pourtant mieux aux tempêtes du monde
Que certains orgueilleux qui s'imaginent grands. »
Le vent se lève sur ses mots, l'orage gronde.
Et le souffle profond qui dévaste les bois,
         Tout comme la première fois,
Jette le chêne fier qui le narguait par terre.

« Hé bien, dit le roseau, le cyclone passé -
Il se tenait courbé par un reste de vent -
        Qu'en dites-vous donc mon compère ?
(Il ne se fût jamais permis ce mot avant)
Ce que j'avais prédit n'est-il pas arrivé ? »

        On sentait dans sa voix sa haine
Satisfaite. Son morne regard allumé.
        Le géant, qui souffrait, blessé,
        De mille morts, de mille peines,
        Eut un sourire triste et beau ;
Et, avant de mourir, regardant le roseau,
        Lui dit : « Je suis encore un chêne. »

Texte 4 : Jean-Claude BRISVILLE, L’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune, 1985


Dans sa pièce de théâtre Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune, le dramaturge contemporain Jean-Claude Brisville imagine le dialogue qu’auraient pu avoir Descartes et Pascal au cours de leur rencontre, un soir de 1647. Descartes est alors âgé de 51 ans et Pascal de 24 ans.

DESCARTES. – Pour moi, réfléchir à la mort, à l’infini et à l’éternité est un travail qui passe mon intelligence. Je ne voudrais pas abuser du peu de temps et de loisir qui me reste en l’employant à démêler de semblables difficultés.
PASCAL. – Vous ne misez que sur l’intelligence. Elle n’a en effet rien à faire en ces questions, et elle tient pour moi dans l’ordre des choses à comprendre le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature. Autant dire le dernier.
DESCARTES. – Que mettez-vous en tête?
PASCAL. – Un sentiment qui ne vous semble avoir atteint.
DESCARTES. – Nommez-le.
PASCAL. – La misère de l’homme.
DESCARTES. – Il m’a atteint tout comme vous, bien que de façon moins abstraite. A votre âge, on a vu rarement mourir les gens qu’on aime. Au mien, il n’en est pas de même. (Un temps). J’ai connu une femme en Hollande, une simple servante, et elle a su toucher mon cœur. La fille que j’eus d’elle et à laquelle nous donnâmes le nom de Francine avait cinq ans quand elle fut atteinte d’une fièvre scarlatine. Elle mourut le 7 septembre 1640. Je n’oublierai plus cette date. Elle est pour moi le jour de la plus affreuse douleur que j’eus jamais sentie.
Un temps.
PASCAL (ému). – Monsieur…
DESCARTES (bas). – Je ne suis pas de ceux qui pensent que les larmes n’appartiennent qu’aux femmes.
Un temps.
PASCAL. – J’ai vu jadis pleurer un homme, et je ne sais pourquoi le souvenir m’en revient aujourd’hui. Mon père avait été député par le Cardinal pour réprimer une révolte de paysans qui avait éclaté en Normandie. Il s’y rendit avec les troupes du maréchal de Gassion. La levée des taxes fut rude. J’avais dix sept ans à l’époque, et je crois que mon père… enfin, il était, par sa fermeté l’homme que requérait la situation. Ce jour-là, je l’avais, avec des soldats, accompagné dans un village. Un homme dont on avait saisi les biens et les instruments de travail s’avança pour plaider sa cause. Il ne put dire un mot. Les larmes l’étouffaient. (Un temps). Je n’en fus pas frappé sur l’instant. Je crois même que je me hâtai d’oublier cette scène. Il est vrai que j’étais alors fort occupé par la construction de ma machine arithmétique. (Un temps). Elle devait, dans mon intention, faciliter à mon père le calcul des impôts dont il avait la charge.
Un temps.
DESCARTES. – Il est certaines gens qu’on ne voit pas.
PASCAL. – Certaines gens?
DESCARTES. – Tous ceux qui ne sont point de la société que nous fréquentons vous et moi.
Un temps.
PASCAL. – Oui, vous avez raison, je n’ai pas vu ce malheureux. Je le revois, mais je ne l’ai pas vu. Que Dieu me le pardonne.
DESCARTES. – On ne peut faire attention à tout. Vous étiez tout occupé par votre invention L’esprit ne peut se concentrer que sur un seul sujet.

Dissertation partiellement rédigée


Introduction


Amorces possibles :
  • « L’homme est la mesure de toute chose » (Protagoras). Intéressant car le roseau (« kalamos » en grec), dans la Bible, sert aussi d’instrument de mesure (il sert à mesurer la ville sainte, Jérusalem, dans l’Apocalypse).
  • « C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme. Il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme » (Montaigne, Essais, I, 1) : lien facile à faire avec le thème du roseau.
  • Plus simplement, la première phrase du fragment pascalien peut être aussi une bonne entrée en matière : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est une roseau pensant ».
Objet d'étude: « la question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours ». Cf. Instructions officielles : "L'objectif est de permettre aux élèves d'accéder à la réflexion anthropologique dont sont porteurs les genres de l'argumentation afin de les conduire à réfléchir sur leur propre condition. On contribue ainsi à donner sens et substance à une formation véritablement humaniste. Dans cette perspective, on s'attache à mettre en évidence les liens qui se nouent entre les idées, les formes qui incarnent et le contexte dans lequel elles naissent. Le fait d'aborder les œuvres et les textes étudiés en s'interrogeant sur la question de l'homme ouvre à leur étude des entrées concrètes et permet de prendre en compte des aspects divers, d'ordre politique, social, éthique, religieux, scientifique par exemple, mais aussi de les examiner dans leur dimension proprement littéraire, associant expression, représentation et création."

Présentation et analyse du corpus : 4 textes centrés sur la question de l’homme, qui illustrent parfaitement la définition que Montaigne donne de ce dernier (« sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant »). Diversité des genres (un essai prenant la forme d’un rassemblement posthume de fragments, deux fables dont l’une est la réécriture critique de l’autre, et une pièce de théâtre) + mise en regard de deux siècles, le XVIIe siècle, siècle des moralistes, et la 2ème moitié du XXe siècle où la vision de l’homme et du monde a été bouleversée par les deux conflits mondiaux). Cette mise en parallèle de deux époques fait du corpus une forme de « chiasme » textuel dont le pivot serait le lien qui unit les deux fables. Cet effet est renforcé par la mise en regard des textes de Pascal et de Brisville : dans la pièce, l’écrivain réel qu’est Pascal devient personnage, ce qui permet à ses « pensées » de s’incarner dans sa parole. Le dialogue est primordial dans l’argumentation et, dans une certaine mesure, Brisville, en mettant en scène un débat entre Descartes et Pascal, contribue à donner rétrospectivement une dimension dialogique au seul texte de notre corpus qui en est dépourvu (du moins dans sa forme). La parole est l’une des preuves de la pensée humaine ; elle relève donc de ce qui fait, selon Pascal, à la fois la grandeur et la misère de l’homme, question au centre de notre corpus. Malgré leurs différences génériques, les quatre textes proposent en effet une interrogation sur la nature de l’homme, sur sa place dans l’univers, sur sa lutte tragique contre les éléments ou contre les autres hommes, ainsi qu’une réflexion sur ce qui fait à la fois sa grandeur et sa misère : sa pensée, la conscience de sa finitude et son angoisse face à la mort. Toutes ces réflexions se concentrent dans la célèbre métaphore du « roseau pensant », véritable leitmotiv de notre corpus qu’il convient d’analyser. Le roseau est en effet un symbole d’une grande richesse dont on peut faire remonter les origines à la Bible. Dans l' Évangile selon Matthieu, cette métaphore désigne déjà l’homme, être faible, creux, propre à plier au moindre vent. Pascal y adjoint la pensée qui emplit ce vide, ce « creux » au cœur du roseau. Le « roseau pensant » est ainsi une métaphore de l’homme qui rend compte à la fois de sa petitesse (arbuste fin, flexible, se penchant au gré du vent) et de ce qui fait sa grandeur (la pensée). D'autres sens rendent également ce symbole très intéressant pour l’étude de notre corpus : le roseau, justement parce qu’il est creux, laisse passer le souffle du vent, mais aussi du musicien, ce qui en fait le matériau idéal pour confectionner des flûtes. Ainsi le vent (des circonstances, du destin… ou bien encore le souffle divin, l’inspiration…), en le traversant, produit le chant du poète. Les quatre textes en présence sont profondément marqués par le lyrisme, un lyrisme qui, par bien des aspects que nous mettrons en lumière au fil des analyses, accède à une forme de sublime. En outre, le « calame », du grec kalamos, qui signifie roseau, est le premier outil de l’écriture. A l’époque archaïque, les peuples du Moyen-Orient écrivaient en effet avec des calames faits d’une tige de roseau sur des tablettes d’argile humide, puis les Grecs introduisirent en Égypte les calames de roseau taillés en biseau, dont la pointe fendue retenait l’encre. Mais, le roseau étant aussi un végétal facile à tisser – ce qui renvoie, dans notre corpus, à l’idée d’intertextualité, de « tissage » de textes –, nous nous demanderons comment la métaphore du « roseau pensant » véhicule à travers les siècles une interrogation ontologique, métaphysique et sociale sur l’homme, créature au destin tragique mais aussi une réflexion sur l’écriture et l’art poétique qui contribuent, bien sûr, à la grandeur humaine.

Première partie : Projet didactique


Situation de la séquence: La séquence, intitulée simplement « L’homme, ce "roseau pensant" », se situera au 2ème trimestre, après l’étude d’un large extrait des Essais de Montaigne ayant permis de poser des jalons essentiels dans la réflexion anthropologique et d’inscrire notre corpus dans une perspective humaniste.
Prérequis : genres de l’argumentation, argumentation directe et indirecte, stratégies argumentatives (cf. programme de 2nde). Notions de prosodie pour aborder la fable dans sa dimension non seulement argumentative, mais aussi poétique.
Ordre des séances (à justifier) : En vue de mettre en lumière la dimension réflexive du corpus, nous respecterons l’effet de chiasme évoqué plus haut et garderons pour cela l’ordre chronologique des textes.
La première séance sera donc consacrée à la lecture analytique du texte de Pascal, fragments de pensées qui tentent de saisir la nature essentiellement contradictoire de l’homme, notamment à travers la métaphore du « roseau pensant » qui sert de leitmotiv au corpus, contribuant au « tissage » des textes entre eux. Pascal use de tous les trésors de l’éloquence et de la poésie pour « toucher » son lecteur et le persuader de la nécessité de la conversion chrétienne, seul moyen d’échapper au vertige ontologique, au néant terrifiant du « silence éternel de ces espaces infinis ». De par sa condition mortelle, l’homme, tel le roseau, est vulnérable face à la nature, mais sa grandeur vient justement de la conscience de sa petitesse. Dans la fable de La Fontaine, qui sera l’objet de la deuxième séance, nous verrons que cette petitesse, associée à l’humilité et à la flexibilité, permet au roseau d’échapper à la fureur des éléments : la « vapeur », la « goutte d’eau » qui pouvaient le tuer dans le texte de Pascal, prend la forme d’une terrible tempête, mais celle-ci n’anéantit que le chêne… Or, le chêne est aussi une représentation allégorique de l’homme car, dans la fable, la réflexion s’est déplacée, passant du domaine ontologique et métaphysique chez Pascal, au domaine social chez La Fontaine. La lutte n’est pas seulement entre l’homme et la nature, mais entre les hommes eux-mêmes, entre les grands et les petits… L’allégorie se dédouble : socialement,  l’homme peut être chêne ou roseau, tout dépend de son statut. Cette séance sera aussi l’occasion de mettre en lumière le pouvoir de persuasion à l’œuvre dans la fable (les caractéristiques du genre de l’apologue, sa dimension rhétorique mais aussi lyrique et poétique) ainsi que sa dimension réflexive : la rivalité entre le grand et le petit peut en effet s’appliquer aux genres littéraires et renvoyer à la fable, genre considéré comme « mineur », notamment au grand siècle, et qui pourtant traverse toutes les époques avec un constant succès, comme le montrera la troisième séance, consacrée à l’étude de la fable d’Anouilh. Celle-ci permettra non seulement de confronter deux visions de la grandeur humaine et deux interprétations de la morale du récit, mais aussi d’amener les élèves à s’interroger sur la notion d’héritage littéraire : la comparaison des deux fables mettra en lumière le dialogue argumentatif qui s’établit, par-delà le temps et la mort, entre deux écrivains, débat qui permet la transmission de la pensée, ce que figure aussi le dernier texte, objet de notre quatrième et dernière séance. Par le biais du genre théâtral, Jean-Claude Brisville redonne vie à deux grands penseurs du XVIIe siècle, qui peuvent « être » à nouveau puisqu’ils expriment leurs pensées sur scène. La magie de la fiction permet ainsi de poursuivre le débat entre Descartes et Pascal, confrontant leurs conceptions de la misère humaine, mais aussi d’établir un dialogue entre un auteur contemporain et ceux du passé. De ce tissage textuel, philosophique et littéraire, le roseau-lecteur ne peut sortir que grandi…
En guise d’évaluation sommative, on proposera aux élèves un sujet de dissertation dont le sujet sera précisé ultérieurement. 

Deuxième partie : analyse des textes


La première séance sera consacrée à la lecture analytique de l’extrait des Pensées. Savant, philosophe, moraliste et théologien du XVIIe siècle, Pascal, infatigable chercheur, a mis au point la première machine à calculer et a démontré l’existence du vide et la pression de l’air. Il fréquente les salons mondains, puis se détourne de ce monde qu’il méprise pour se rapprocher des jansénistes qui défendent une conception rigoureuse de la foi chrétienne. En 1658, il se consacre à l’écriture d’une « Apologie de la religion chrétienne » que sa mort précoce, à 39 ans, l’empêche de terminer. Ses amis en donnent une première édition posthume quelques années plus tard sous le titre de Pensées. Dans cette œuvre dont il ne reste que des fragments, Pascal montre la misère de l’homme sans Dieu, mais il n’oublie pas non plus ce qui fait la grandeur de l’homme : sa conscience. Pour Pascal, seule la religion chrétienne permet de comprendre la nature essentiellement contradictoire de la créature humaine. Dans cet extrait des Pensées, la célèbre métaphore du « roseau pensant » résume cette double nature. Au cours de cette séance, on conduira les élèves à analyser ce qui fait la puissance argumentative du texte.
Le premier axe mettra en lumière le raisonnement déductif mis en œuvre par Pascal. Le texte s’ouvre sur l’image du « roseau pensant », métaphore qui montre dans une formule unique la faiblesse de l’être humain et ce qui fait sa grandeur : sa pensée. C’est cette capacité de penser qui distingue l’homme des animaux, des végétaux et des minéraux. L’être humain est une créature unique et une énigme car il est à la fois corps et esprit. Cette métaphore permet à Pascal d’affirmer d’emblée le principe sur lequel repose sa démonstration : le propre de l’homme est de pouvoir penser. Comme dans tout raisonnement déductif, c’est de ce principe que Pascal va tirer plusieurs conséquences (succession de « donc ») et aboutir à une morale : c’est la pensée qui fait la « dignité » de l’homme et c’est donc le développement de la pensée qui doit orienter la conduite de la vie humaine, comme l’indique l’utilisation de l’impératif (« Travaillons donc à bien penser »). Cette « chaîne de raisons », pour reprendre l’expression de Descartes, a fait dire aux détracteurs de Pascal (comme Voltaire ou Paul Valéry) que celui-ci voulait effrayer pour pousser à la conversion. A partir de la ligne 14, c’est par une série de déductions que Pascal montre que la misère de l’homme vient de sa grandeur : si nous n’étions pas conscients, nous ne serions pas malheureux d’être mortels, déduction exprimée par le biais de la subordonnée consécutive (« si visible qu’elle ») et par la conjonction de coordination à valeur causale « car » (l.15). Puis des exemples et des analogies développent le raisonnement qui affirme qu’on ne souffre que de ce qui manque : la souffrance de l’être humain est donc le signe de sa grandeur. Dans cette chaîne de raisons s’introduisent deux adverbes antithétiques, « aujourd'hui » et « autrefois » mettant en lumière le fait que la souffrance de l’homme naît du souvenir du paradis perdu : le discours de la raison cède alors insensiblement la place au discours de la foi, avec cette allusion à l’Eden originel dont l’homme, désormais marqué par le péché, a été chassé et dont il garde au fond de lui la nostalgie. Dans le dernier fragment, deux exemples soigneusement choisis viennent à l’appui de l’argumentation. L’exemple est un élément essentiel de l’effort argumentatif, comme le montre Aristote qui, dans sa Rhétorique, en distingue deux sortes : « l’un consiste à relater des faits accomplis antérieurement ; dans l’autre on produit l’exemple soi-même ». Les élèves constateront que Pascal utilise les deux sortes dans ce paragraphe. Le premier, historique, oppose la situation du consul romain Paul-Emile et celle du roi de Macédoine, Persée. L’homme est alors indirectement assimilé à « un roi dépossédé », métaphore récurrente dans les Pensées. Le second, inventé, met en parallèle une série d’oppositions cocasses relevant du domaine anatomique. C’est la comparaison de ces différents exemples qui les intègre à l’argumentation. La question rhétorique prend le lecteur à partie et affirme l’unanimité des réponses.
Un deuxième axe portera sur la dimension à la fois tragique et dramatique du texte, qui intensifie sa force argumentative. Tout d’abord, pour faire valoir la double nature de l’homme, Pascal développe une série d’antithèses qui donne à son argumentation une dimension dramatique. Du côté de la faiblesse se trouvent la négation restrictive de la première ligne et toute l’opposition hyperbolique de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Du côté de la grandeur, on pourra relever le comparatif de supériorité « plus noble que » et le polyptote « sait », « n’en sait rien », qui oppose l’univers et l’homme pour mieux mettre en évidence ce qui fait la supériorité de ce dernier. Pour faire comprendre que les êtres humains n’appartiennent pas au même ordre de grandeur que le reste de l’univers, Pascal les imagine en conflit tragique. L’isotopie de la violence dramatise alors l’argumentation : « s’arme », « écraser », « tuer », écraserait », « tue », « meurt », « engloutit ». Certains, comme Voltaire ou Valéry, ont accusé Pascal de dramatiser pour pousser à la conversion mais, si Pascal évoque la mort, c’est parce que la pensée dont il parle, cette conscience qui distingue l’être humain des autres êtres vivants, c’est la pensée de la mort : n’est-ce pas cette conscience d’être mortel qui distingue l’espèce humaine des autres espèces animales ?
Cette dramatisation de l’analyse est associée à une poésie qui renforce l’efficacité de l’argumentation tout en contribuant à la dimension réflexive du texte, ce qui sera analysé dans le troisième et dernier axe. La richesse des images, l’harmonie du rythme, facilitent en effet le souvenir de certaines formules restées célèbres. La phrase « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » - où l’allitération en [s] laisse entendre un soupir d’angoisse -, en se distinguant sur la page blanche tel un vers isolé, semble reproduire typographiquement le vide face auquel le sujet pensant est saisi de vertige et de peur. Ce sujet prend la forme du « je » qui, au cœur de l’extrait, donne au discours moral une dimension lyrique, intime et donc très humaine. Cet être pensant, perdu au milieu de l’univers infini fait résonner sa propre voix pour troubler le silence oppressant. Il est un fragment de l’univers, comme la ligne ou le paragraphe qui le contiennent sont des fragments de l’œuvre, inachevée et donc potentiellement infinie, puisque la mort a interrompu le cours de la pensée et de l’écriture… La pensée est puissante et infinie car elle se transmet, comme pourront le constater les élèves, à l’échelle modeste de notre corpus.

La deuxième séance portera sur « Le Chêne et le Roseau » de la Fontaine, pièce sur laquelle s’achève le livre I du recueil de 1668. Cette fable appartient à la tradition ésopique (réécriture du « Roseau et l’Olivier »), mais La Fontaine l’enrichit considérablement. Suivant les principes de Quintilien dans L’Institution oratoire, le fabuliste estime, en effet, qu’« on ne saurait trop égayer les narrations ». La modification de la fable ésopique repose en particulier sur l’importance du dialogue, et sur la suppression de toute formulation explicite d’une moralité ; la préface de 1668 avait averti du procédé dans les cas où « il est aisé au lecteur de la suppléer ». Est-ce pourtant aussi simple ? L’absence de moralité explicite – comme dans la fable qui ouvrait ce premier livre, « La Cigale et la Fourmi » – ne laisse-t-elle pas ouverte une certaine polysémie ? Cet apologue unifie, dans un ensemble concis et cohérent, une « mosaïque de citations » – pour reprendre la formule de Julia Krtisteva, où l’on retrouve non seulement Pascal et Esope, mais aussi Virgile et plusieurs échos bibliques. Or, ces références, alliées au génie poétique de La Fontaine et à l’univers merveilleux des Fables, cette « ample comédie aux cent actes divers / Et dont la scène est l’univers », provoquent un véritable « enchantement » qu’il s’agira de faire ressentir aux élèves, par-delà la dimension argumentative du texte.
On leur demandera d’abord d’identifier la structure de la fable. Ils constateront que le récit est construit en deux temps. Le premier moment dialogique, lui-même double, dans lequel le chêne et le roseau mesurent successivement leur capacité à résister à la tempête, relève de l’éthopée ; il précède une partie narrative, qui relève de l’épopée, où ces propos sont littéralement mis à l’épreuve par l’arrivée d’une tempête portée à son paroxysme. Les personnages, allégoriques comme dans toutes les fables, représentent deux conceptions opposées de l’homme. Tout tend en effet à confronter les deux végétaux : l’opposition de stature est redoublée par l’opposition de leur style rhétorique ; ils s’opposent également par leur différence de lucidité et par leurs destins respectifs. S’il suit la trame narrative de l’apologue ésopique, « Le chêne et l’Olivier », La Fontaine choisit de donner la parole aux deux personnages : à la vanité du chêne correspond sa grandiloquence bavarde (son discours occupe 16 vers sur les 32 de la fable alors que la réplique du Roseau ne tiendra que 7 vers et demi). Les élèves auront alors à distinguer les trois mouvements qui composent le discours du Chêne, encadré par deux vers qui se font écho à propos de la cruauté de la nature à l’égard du roseau (v.2 et v.17). Par son impitoyable démonstration, le Chêne semble vouloir faire prendre conscience au Roseau de l’injustice qui lui est faite. Le premier mouvement est ainsi le portrait d’un être misérable (v.2 à 6), ce qui n’est pas sans faire écho au roseau pascalien et au thème de la misère humaine : le chêne s’adresse à « l’arbuste » sur un ton plein de pitié et de compassion pour cet être faible (« Un roitelet pour vous est un pesant fardeau », v.3), humilié et soumis (« vous oblige à baisser la tête », v.6) dont la révolte serait légitime (« Vous avez bien sujet d’accuser la nature », v.1 ; « La nature envers vous me semble bien injuste », v.17). La conjonction de subordination « cependant que », au vers 7, en marquant une opposition, introduit alors, en contrepoint, le deuxième mouvement du discours : l’autoportrait valorisant du Chêne. Sous des couverts de pitié, celui-ci se livre en vérité à son propre éloge, faisant preuve d’un immense orgueil qui confine à l’hybris et annonce sa fin tragique. Entre la terre et le soleil dont il arrête les rayons verticaux, face aux poussées horizontales de la tempête, le Chêne se place au centre du monde. Le parallélisme humiliant du vers 10 (« Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphir ») laisse cependant deviner la fragilité du Chêne : sa force et sa grandeur ne sont qu’une illusion, comme l’annonce le verbe « sembler » du second hémistiche. Le troisième mouvement de son discours est l’expression d’un regret (v.11 à 16) : l’irréel du présent insiste sur la malchance du roseau qui n’est pas né « à l’abri » de son feuillage : « Encor si vous naissiez […] Vous n’auriez pas tant à souffrir : / Je vous défendrais… » (v.11-14). Le Chêne regrette de ne pouvoir protéger le Roseau. L’espace qui échappe à sa tutelle lui apparaît comme une zone hostile, confuse lisière du monde heureux. L’orgueil du Chêne transparaît dans la grandiloquence de son discours qui oppose sa grandeur à la faiblesse du Roseau : son style noble mêle les hyperboles, les antithèses (« aquilon » / « zéphyr ») et les périphrases qui renvoient à la grande poésie et, notamment aux Géorgiques de Virgile auxquelles l’alexandrin lyrique « les humides bords des royaumes du vent » (v.16) est emprunté. Mais ce style grandiloquent et précieux ne semble pas à sa place dans l’espace modeste de la fable : il fait du Chêne une sorte de faux poète dont les paroles vaniteuses sont gonflées de vent et seront emportées, comme le Chêne lui-même, par les bourrasques de la tempête. A l’opposé, l’humilité et la discrétion du roseau sont illustrées par son langage mesuré, son éloquence simple au rythme plus fluide, plus souple, à l’image du roseau lui-même, mais aussi de l’homme qui, selon Montaigne, est un sujet « ondoyant ». La réponse du Roseau est néanmoins teintée d’ironie. Le mot « compassion », allongé par la diérèse, détaché par la proposition incise qui le suit (« lui répondit l’arbuste », v.18) laisse deviner que le Roseau ne se trompe pas sur le « bon naturel » du Chêne et son apparente sollicitude, et qu’il a perçu, derrière ses belles paroles, son orgueil et sa suffisance. En fin de vers, l’expression « ce souci » (v.19), par son allitération en [s], laisse voir le sourire du Roseau qui feint de croire à la pitié du Chêne. La conjonction de coordination « mais » (v.19) introduit une opposition ayant pour but, non seulement de « rassurer » le Chêne, mais aussi de rétablir l’équilibre entre eux : la comparaison, mise en valeur par l’unique décasyllabe de la fable, transforme le comparatif d’infériorité en avantage (« Les vents me sont moins qu’à vous redoutables ») ; au vers 21, « et » a une valeur d’opposition qui montre le contraste entre son apparente faiblesse et sa résistance, mise en valeur par la forme négative (« Je plie, et ne romps pas ») ; au verbe « plier » fait écho le verbe « courber » : contrairement au Roseau, le Chêne ne plie certes pas (« résisté sans courber le dos », v.23) mais ne rompra-t-il pas ? A la rime, « jusqu’ici » (v.21) souligne que l’expérience du Chêne reste limitée tandis que la remarque finale « mais attendons la fin » (v.24) résonne comme un défi menaçant, sur lequel va se heurter la phrase, allongée par les enjambements entre les vers 21, 22 et 23. A l’opposition entre « je » et « vous », apparemment si flatteuse pour le Chêne, répond le « nous » impliqué dans l’impératif « attendons » (v.24) qui met les deux personnages à égalité. A la différence des effets oratoires du Chêne, le Roseau s’exprime simplement, presque prosaïquement. Sans images ni jeux rhétoriques, son style privilégie la brièveté. Parler peu est signe de sagesse et reflète la certitude secrète de la véritable force.
Le récit de la tempête constitue le deuxième mouvement de la fable et intervient si rapidement qu’il semble interrompre l’alexandrin du roseau au vers 24. La rapidité et la violence de l’ouragan sont rendues sensibles par la fulgurance du dénouement qui, en 8 vers, scelle le destin tragique du Chêne. Comme les deux végétaux, la tempête est personnifiée par le biais des verbes et des compléments (« accourt avec furie », « redouble ses efforts », « fait si bien ») ainsi que par la périphrase « Le plus terrible des enfants / Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs ». Elle devient l’allégorie du destin capricieux et changeant à l’image de la roue de Fortune. Le style du narrateur reprend la grandiloquence du Chêne, mais pour décrire la chute de celui-ci. La tempête est dotée d’une volonté destructrice décrite par des termes et des structures hyperboliques relevant du registre épique. La lutte titanesque est évoquée en trois octosyllabes aux propositions courtes et s’achevant sur deux alexandrins développant avec emphase la capitulation silencieuse du Chêne. Les parallélismes des vers 31 et 32 (« de qui » // « dont » ; « la tête » // « les pieds » ; « était voisine » // « touchaient à ») renforcent le contraste entre le « ciel » et « l’empire des morts » tout en tissant des liens entre la fable et la poésie virgilienne dont ces deux derniers vers sont inspirés (Géorgiques, II, v.ers 291-292). Mais La Fontaine en modifie le sens car le poète latin célébrait au contraire la force et la pérennité du chêne.
En apparence, le silence du fabuliste paraît d’autant plus impartial qu’aucune moralité ne vient officiellement distinguer le personnage qui a raison du personnage qui a tort. Dans une dernière partie, il conviendra donc de s’interroger sur le sens de l’apologue qui exige une démarche herméneutique de la part de son lecteur à qui il revient d’interpréter les divers sens – moral, social, politique, esthétique – que le récit implique. Le discours du Roseau et sa victoire plaident pour la modestie, la discrétion active, l’efficacité réaliste, et s’oppose à la bravade héroïque héritée du système féodal. En écho aux Pensées, le Roseau doit être bien sûr aussi considéré comme une image de l’homme, faible dans la nature mais fort de sa faculté de penser. Il figure ainsi l’allégorie d’une condition humaine misérable dont l’humilité fait la véritable force et la sublime grandeur. On peut également faire de cette fable une lecture à clé et reconnaître dans le chêne Nicolas Fouquet – grand mécène et protecteur du « roseau » La Fontaine – déraciné par la fureur du jeune roi Louis XIV (« roitelet » du début et tempête de la fin…). Cette lecture invite à voir plus largement dans la fable un sens politique. Le discours du Chêne est lié à une idéologie de la naissance, comme l’indique le polyptote des vers 11 et 12 : « Encor si vous naissiez… », « Mais vous naissez… ». A l’humble  et naissance du Roseau, le Chêne oppose la grandeur de sa condition. Les images du Chêne protecteur proviennent de l’imagerie royale ; et c’est avec beaucoup de hauteur que ce seigneur considère la misère de son sujet. Le déracinement final montre la fragilité du fondement de cet ordre en apparence immuable. A la rigidité du pouvoir trop orgueilleux, qui retourne finalement au néant, La Fontaine, comme Esope, préfère la souplesse de celui qui subit le sort sans lâcher prise. Motif baroque, le vent enlève au monde la fausse impression de sa solidité : tandis que le Chêne voudrait graver dans l’espace sa grande ligne pleine, massive, son image finit renversée, à l’image de l’homme, assimilé à un « arbre inversé » dans le Timée de Platon. Mais, surtout, de façon métatextuelle, « Le Chêne et le Roseau » propose un véritable art poétique : la fable peut être perçue comme l’illustration de sa propre force, force d’un art qui sait modestement cacher sa puissance derrière l’apparence anodine d’un petit récit. Le discours grandiloquent du Chêne, utilisant tous les effets oratoires, peut en effet représenter à la fois une argumentation rigoureuse et le souffle de la grande poésie qu’est l’épopée. A cela le fabuliste oppose le discours simple et modeste du Roseau qui peut alors représenter l’apologue, mais aussi le charme d’un lyrisme réinventé, car la fable est avant tout poésie. Mais, ne peut-on voir, dans le portrait grandiose du Chêne, dans son destin tragique et les accents virgiliens sur lesquels s’achève le texte – une forme de sublime qui redresse le grand arbre renversé tout comme il élève le genre de la fable ? Le Traité du Sublime du pseudo-Longin, traduit par Boileau en 1674 avec une importante préface, distingue le grand style, celui de l’épopée, du véritable Sublime : « par Sublime, Longin n’entend pas ce que les orateurs appellent le style sublime, mais cet extraordinaire et ce merveilleux qui frappe dans le discours et fait qu’un ouvrage enlève, ravit, transporte. Le style sublime veut toujours de grands mots, mais le Sublime se peut trouver dans une seule pensée, dans une seule figure, dans un seul tour de parole. » Dans l’opposition du Chêne et du Roseau, la fable de La Fontaine illustre à merveille celle du style sublime et du Sublime longinien qui peut se trouver dans des tours simples et naturels. Le classicisme, dans sa quête du naturel, est donc travaillé en profondeur par ce sublime. L’absence de moralité, dans « Le Chêne et le Roseau », qui fait jouer la polysémie de l’apologue, en fait une démonstration du sublime des Fables dont le premier livre s’achève non seulement sur une allégorie de l’homme mais aussi et surtout sur un art poétique.

La troisième séance, parce qu’elle sera consacrée à la réécriture de la fable de La Fontaine par Jean Anouilh, sera l’occasion de poursuivre la réflexion sur la notion d’héritage et de transmission de la pensée anthropologique par l’écrit et la littérature. Il s'agira de comprendre comment cette réécriture, sans doute plus critique que parodique, propose une vision de l'homme et du monde différente, modifiant la portée morale de l'hypotexte et poursuivant le débat sur la condition humaine et sa dimension tragique.
Dans « Le chêne et le roseau », Anouilh s’inscrit dans une tradition littéraire, celle de l’apologue, qui est aussi une forme de filiation avec laquelle il prend ses distances, comme en témoigne, dès le titre, la disparition des majuscules, choix qui peut apparaître comme une forme d’humilité littéraire… C’est cette tension entre reprise et mise à distance qui fera l’objet du premier axe d’étude. La fable relève d’une culture commune, classique, qui crée un lien immédiatement familier avec le lecteur. Le vers 1 est une citation exacte de son modèle : « Le chêne un jour dit au roseau ». L’enchantement à l’œuvre dans le texte de La Fontaine se poursuit ici. Anouilh reprend le même registre merveilleux, les mêmes protagonistes, le même schéma narratif. Le texte, véritable pastiche, imite également le style de son modèle et sa liberté prosodique, caractérisée par l’hétérométrie et – pour reprendre la terminologue de Roland Barthes – par une forme d’idiorythmie, c’est-à-dire de convenance à la fois à l’égard de son sujet et de son lecteur : la légèreté du style s’apparente en effet au plaisir de la conversation galante tout en étant propre à La Fontaine. Par le biais de la personnification, ces « végétaux pensants » sont capables d’émettre des critiques, que celles--ci soit sociales, morales ou même esthétiques, comme en témoigne le jugement émis par le Chêne sur la fable de La Fontaine aux vers 2 et 3. On retrouve également le souci de la dramatisation, avec la présence du discours direct et la succession de verbes d’action qui reproduit la fatalité à l’œuvre. Les élèves remarqueront que la répartition du discours n’est cependant pas la même : la réplique du chêne s'étend sur 5 vers  (+ 1), tandis que le roseau s'exprime sur 10 vers (+ 3). Anouilh inverse donc la situation de La Fontaine : le pouvoir de la parole est désormais du côté du roseau. En outre, si la morale était implicite dans la version de La Fontaine, elle est ici clairement formulée par l’un des personnages, sous la forme d’une question rhétorique : « Plier, plier toujours, n’est-ce pas déjà trop,/ Le pli de l’humaine nature ? ». Le chêne apparaît comme le porte-parole de l’auteur, comme en témoigne aussi le jugement sans appel des vers 2 et 3. Egalement formulé par le grand arbre, celui-ci résonne comme une condamnation morale et didactique de l’hypotexte, effet renforcé par l’association, à la rime, de « fable » et « détestable », à laquelle on peut ajouter la rime interne avec « morale ». L’assonance en [a] et l’allitération en [s] semblent ici reproduire la voix puissante du chêne. La dimension parodique s’exprime dans le choix du vocabulaire, qui relève à plusieurs reprises du registre familier. Le terme « marmots » – comme, plus loin, l’apostrophe condescendante « mon compère » –, introduit une dissonance ironique dans ce texte lyrique, dissonance qui fera également sourire dans l’intervention de l’auteur notée en incise : « Il ne se fût jamais permis ce mot avant ». La remarque est aussi chargée d’une portée métapoétique, en référence bien sûr à la relation des deux personnages dans la fable de La Fontaine, dimension métatextuelle que l’on retrouve au vers 18 : « Tout comme la première fois ». Ainsi, la réécriture se donne comme telle tout en revendiquant ce qui la distingue de son modèle.
Un deuxième axe portera sur le symbolisme des personnages. Les élèves remarqueront que celui-ci est plus explicite chez Anouilh que chez son prédécesseur. Le chêne se caractérise nettement par sa fierté, son refus de plier, comme le montre la répétition du verbe et le polyptote des vers 5 et 6 (« plier », « le pli »). Le pli est une image de la soumission que le chêne prête et reproche au commun des mortels. Le roseau, lui, se définit, comme dans la fable de La Fontaine ou les Pensées de Pascal, par sa petitesse, sa faiblesse et sa vulnérabilité, mais Anouilh associe à cette petitesse une dimension morale qui la rapproche de la mesquinerie et de la bassesse. Le roseau dénonce l’orgueil des grands mais l’accumulation hyperbolique des vers 11 et 12 (« Que nous autres, petites gens, / Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents »), renforcée par l’anaphore de l’intensif « si » et par la répétition de l'adjectif petit/ petite, confine elle aussi à une forme d’hybris. Si l’assonance en [a] faisait résonner la voix grave du chêne, l’assonance en [i] reproduit le sifflement aigu du roseau. Alors que la prudence était une preuve de sagesse pour La Fontaine, l’adjectif « prudents » est ici péjoratif car il connote la lâcheté et l’égoïsme, ce qui n’empêche pas le roseau de se poser en donneur de leçon, comme en témoigne le présent gnomique aux vers 10 à 15. Peu charitable, l’arbuste jubile de la chute de son rival et en profite pour se moquer de lui. Toutefois, s’il n'est pas déraciné, il reste finalement « courbé par un reste de vent », courbure qui n’est plus la marque de sa flexibilité ou de sa capacité d’adaptation (l’aptum), mais celle de sa bassesse morale. A l'inverse le chêne, même à terre, conserve une grandeur morale, illustrée par la métaphore « le géant » et les hyperboles qui décrivent sa mort. Le registre pathétique se substitue alors à l’ironie et la formule finale, « Je suis encore un chêne », atteint, comme dans la fable de La Fontaine, une forme de sublime dans laquelle les deux auteurs semblent se réconcilier et se rejoindre  
Dans le troisième axe, les élèves analyseront la portée morale de la fable, afin de mettre en lumière ce qui l’oppose à celle de La Fontaine. Anouilh oppose ici deux conceptions morales de la vie que le cyclone vient mettre à l'épreuve. Cette mise à l'épreuve est suggérée au vers 10 par le verbe « prouver » (« Pourrait vous prouver d'aventure »), verbe qui exhibe la valeur démonstrative du récit. Ce sont les intempéries qui permettent la confrontation de ces conceptions de la vie, de ces visions de l'homme, intempéries qui se caractérisent par leur violence croissante, ainsi qu'en témoigne la gradation vent, orage et cyclone, autant de métaphores pour signifier les épreuves de la vie. On fera entendre aux élèves la fureur des éléments dans l'assonance en [ɔ̃] des vers 16 et 17 et dans l'allitération en dentales des vers 16 à 19. La question qui se trouve ainsi posée est : face à ces difficultés, faut-il se soumettre ou résister et rester fidèle à soi-même, quitte à périr ? Le chêne ne fait pas de compromis et reste fidèle à ce qu'il est : grand jusqu'au bout. A l’opposé, la bassesse des sentiments du roseau est soulignée. Le rejet du mot « satisfaite » au vers 26 souligne l'intensité de sa haine vengeresse en permettant notamment d'exhiber le mot « haine » à la rime. La rencontre à la rime des termes « haine » et « peines » suggère l'absence totale de compassion. Jaloux, il a la victoire facile et triomphante, ce qui est suggéré par la proposition incidente « Il ne se fût jamais permis ce mot avant » : habituellement, le roseau est plus lâche… Cette victoire de la lâcheté et de la mesquinerie sur le courage et la magnanimité semble faire écho à la formule de Nietzsche : « il faut toujours défendre les forts contre les faibles » (Par-delà le bien et le mal, 1886). Après la seconde guerre mondiale, la morale illustrée par Jean Anouilh célèbre une forme de résistance qui n’a rien à voir avec l’adaptabilité du roseau. Résister, c’est affronter le danger des tempêtes de l’histoire avec courage et non se complaire dans un opportunisme soumis qui peut conduire à l’indifférence, voire à la collaboration. C’est ce courage qui doit se transmettre aux « marmots » et se graver ainsi dans la mémoire collective. L’écrivain moderne « corrige » la morale du fabuliste classique et la vision de l’homme qu’elle véhicule, pour les « adapter » à la pensée et à la littérature transformées par les cyclones du XXe siècle. Dans une certaine mesure, c’est dans cette forme d’aptum que La Fontaine et Anouilh se rejoignent : les deux écrivains font de la fable un « roseau » littéraire, c’est-à-dire un petit genre qui survit au temps, s’adapte à l’histoire et qui, derrière son apparente insignifiance, véhicule une sagesse qui fait la « grandeur » de l’homme et le rend moins misérable.

La comparaison des deux fables aura mis en lumière le dialogue argumentatif qui s’établit entre deux écrivains, par-delà le temps et la mort, débat qui vivifie la pensée. C’est aussi ce que figure, par le biais du dialogue théâtral, le texte de Jean-Claude Brisville auquel sera consacrée notre quatrième séance. Dans sa pièce de théâtre, Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune – dont le titre n’est pas sans évoquer les dialogues diderotiens –, le dramaturge contemporain imagine le dialogue qu’auraient pu avoir Descartes et Pascal au cours de leur rencontre, un soir de 1647 – dont la seule chose que l’on sait est qu’elle s’est mal passée. A la lumière des textes précédents, les élèves pourront analyser la dialectique mise en œuvre dans ce dialogue au cours duquel s’opposent deux personnalités et deux conceptions antagonistes de l’homme et du monde.
Descartes exprime une conception rationaliste du monde, c’est-à-dire fondée sur la raison et l’intelligence. La première réplique montre que, pour lui, les préoccupations de Pascal sont trop abstraites, trop vastes, trop compliquées pour que l’on perde son temps à essayer de les comprendre. C’est cette conception rationaliste que lui reproche le jeune Pascal pour qui celle-ci est réductrice, comme en témoigne l’emploi de la négation restrictive : « vous ne misez que sur l’intelligence ». Pour Pascal, la première des « choses à comprendre » est, comme on l’a vu dans les Pensées, la « misère de l’homme » mais, pour Descartes, cette question est trop générale, ce qui déshumanise paradoxalement le sentiment de misère. A cette expression généralisante qui relève du concept, il oppose celle, beaucoup plus concrète, car personnelle, de « la plus affreuse douleur qu[‘il] eu[t] jamais sentie », douleur dont l’intensité s’exprime aussi à travers l’emploi du superlatif. L’expression « pour moi » sur laquelle s’ouvre l’extrait montre d’emblée que Descartes livre ici son point de vue personnel sur un sujet dont les deux personnages ont déjà commencé à débattre. L’expression est reprise dans la réplique suivante par Pascal : nous sommes bien dans un débat d’idées qui progresse avec la reprise de termes identiques d’une réplique à l’autre : « intelligence », « le dernier », « en tête », « atteint », etc. Deux personnalités différentes se dessinent déjà à travers deux façons différentes de traiter le dialogue : Pascal, détenteur d’une vérité qu’il juge absolue, semble plus agressif, plus polémique, n’hésitant pas à employer des attaques personnelles (« vous ne misez que sur l’intelligence », « Un sentiment qui ne vous semble avoir atteint »). Descartes, quant à lui, témoigne davantage d’une volonté de comprendre le point de vue de son interlocuteur, se situant plutôt dans une perspective dialectique. Son discours, loin d’être seulement assertif, fait varier les modalités (interrogation « que mettez-vous en tête ? », impératif « Nommez-le »). Bienveillant, il sous-entend que leur définition différente de la « misère de l’homme » vient de leur différence d’âge. Il évoque ainsi le « peu de temps et de loisir qui [lui] reste », puis oppose sa vieillesse, riche de son expérience de la vie, à la jeunesse de Pascal, éprise d’absolu.
Deux anecdotes « autobiographiques » – deux exemples que les élèves analyseront – sont mises en parallèle, témoignant de deux personnalités et de deux histoires différentes. Elles ne remplissent toutefois pas le même rôle au sein de la fiction : Descartes illustre sa propre conception de « la misère de l’homme », tandis que l’anecdote racontée par Pascal ressemble à une mise en cause de sa propre attitude face à la douleur d’un homme « misérable » dont on a saisi tous les biens. A Pascal qui lui reproche de ne pas être touché par la « misère de l’homme », Descartes oppose le souvenir personnel de « la plus affreuse douleur ». A une idée abstraite, il oppose donc un exemple terriblement concret, celui de la mort de sa petite fille. Le registre réaliste témoigne de l’empreinte indélébile de ce souvenir dans la mémoire du philosophe. On note en effet la précision des détails : date (« le 7 septembre 1640 »), noms propres (« Hollande », « Francine »), métier (« une simple servante »), âge (« cinq ans »), maladie (« une fièvre scarlatine »). Parallèlement, la présence du pronom « je » vient s’opposer à la généralité « l’homme ». Le champ lexical des sentiments (« les gens qu’on aime », « toucher mon cœur », « la plus affreuse douleur ») montre qu’on quitte ici le concept pour toucher le cœur de l’individu, ce dont témoignent aussi les didascalies « un temps » et « bas » : la douleur est toujours là. L’évocation des « larmes », ainsi que la réplique suivante de Pascal (« J’ai vu jadis pleurer un homme ») laissent entendre au lecteur que Descartes pleure à ce souvenir. Ainsi, les larmes apparaissent comme la manifestation concrète de « la misère de l’homme » qui a bien « atteint » Descartes contrairement à ce qu’insinuait Pascal dans sa deuxième réplique. Par un effet de miroir, le spectacle de cette douleur très humaine touche le penseur janséniste : la didascalie « un temps » et l’aposiopèse (« Monsieur… ») montrent qu’il pèse ses mots, se reprochant sans doute ses propos injustes. Le souvenir que les larmes de Descartes font alors remonter à sa mémoire, n’est pas celui d’une douleur personnelle mais du spectacle de cette douleur. Le récit fait le portrait d’un jeune homme paradoxalement peu sensible à la misère humaine, peu « atteint » par elle, ce qu’il reprochait justement à son interlocuteur. Le contexte dans lequel ce souvenir prend place est celui d’une révolte de paysans en Normandie, contexte violent comme le laisse entendre l’isotopie de la répression (« réprimer », « révolte », « éclaté », « troupes », « rude », « fermeté », « soldats », « saisi »). Les nombreux indéfinis et l’adverbe « jadis », indication temporelle vague, contrastent avec la précision du récit de Descartes. Un autre contraste est marqué entre la fermeté du père de Pascal et les larmes du paysan », roseau misérable tourmenté par l’orage de la « révolte » et de sa répression et par les tempêtes sociales qui ont balayé le peu qu’il possédait. Or, ce paysan, contrairement aux « roseaux » des textes précédents, est si désespéré qu’il en a perdu l’usage de la parole, et, par-là même, le pouvoir de se défendre contre sa misère. Celle-ci n’est pas d’origine métaphysique, mais sociale : ce n’est pas la pensée de sa condition mortelle qui le rend misérable, mais l’exploitation des puissants et la perte de ses outils de travail. Or, face à cette incarnation de la misère humaine, qui sera pourtant au cœur de ses Pensées quelques années plus tard, le jeune Pascal est resté aveugle (« je n’ai pas vu ce malheureux »), préoccupé seulement de son invention qui, ironie du sort, n’a pour but, alors, que de « faciliter » le « calcul des impôts »… La théorie lui a fait oublier le « facteur humain », comme si la « machine » déshumanisait ici le penseur. On retrouve ce déplacement de la réflexion sur l’homme du plan moral au plan social dans l’avant-dernière réplique de Descartes : « Tous ceux qui ne sont pas de la société que nous fréquentons vous et moi ». Les silences qui ponctuent la réplique de Pascal (didascalies « un temps ») montrent que ce n’est que rétrospectivement, grâce au dialogue et au débat avec Descartes, qu’il est touché par la « misère » bien concrète du paysan. La tournure impersonnelle « Il est vrai que » apparaît comme une tentative de justification de l’insensibilité de « jadis » dont il se sent coupable « aujourd’hui ». Ainsi, la mise en parallèle des deux souvenirs a changé la tournure du dialogue : Pascal se rend compte que, finalement, c’est lui qui a fait preuve des « défauts » qu’il reprochait à Descartes.
Comme dans toute démarche dialectique, la progression du dialogue va dans le sens d’une résolution des oppositions. L’affrontement initial évolue vers un échange courtois, voire un dialogue didactique où un homme plus âgé, riche de son expérience de la vie, transmet ses connaissances à un homme plus jeune qui attend un enseignement. C’est en effet Descartes qui mène la fin du dialogue car c’est lui qui semble posséder les réponses aux questions que se pose Pascal. Il a réussi à modifier la conception pascalienne de « la misère de l’homme » (ce qui n’est tout de même pas rien…). Lui-même est plus indulgent à l’égard du jeune penseur puisqu’il le justifie, cherche à expliquer les raisons de son attitude face au chagrin du paysan. Parallèlement, le thème a évolué, lui aussi, passant de la question générale de la misère humaine à celui de la compassion à l’égard de son prochain, compassion qui est une preuve d’humanité. Parce qu’il montre le passage de l’abstrait au concret dans la représentation de la misère humaine, le texte théâtral se « replie » sur l’extrait des Pensées et, à la manière d’une morale exprimée à la fin d’un apologue, semble conclure notre corpus : le « roseau pensant » n’est plus une métaphore comme dans le texte de Pascal, ni une allégorie comme dans la fable ; il prend une forme bien humaine, aussi bien sur scène en la personne de Descartes et de Pascal, que dans le discours, en la personne du paysan normand.

En guise d’évaluation sommative, les élèves auront à réfléchir au sujet de dissertation suivant : En quoi les œuvres littéraires permettent-elles de construire une réflexion efficace sur la condition humaine ? [sans entrer dans les détails, donnez quelques pistes de réflexion en guise de correction]


Au terme de cette séquence, les élèves de Première auront perçu les enjeux fondamentaux… [bilan + ouverture sur la séquence suivante, par exemple l’étude du roman de Camus, La Peste, ou de celui de Malraux, La Condition humaine. On pouvait préférer une séquence sur le théâtre avec laquelle le texte de Brisville ferait le lien. Plusieurs possibilités : Beaumarchais (pour la réflexion sur la place de l’homme dans la société), Racine (pour la représentation tragique et l’influence du jansénisme) ou une pièce d'Ionesco ou de Beckett (pour la représentation du tragique moderne].


Cécile Boisbieux


Récréation! Graine de soleil, un roman de Cécile Boisbieux

Axel et Lisa vivent avec leur père dans une grande maison d’un quartier bourgeois de Toulouse. Leur mère est repartie depuis de nombreuses années à Barcelone, sa ville natale, et ne donne presque jamais de nouvelles. Les deux enfants ont dû grandir avec cette absence. Passionnée de littérature et de musique, Lisa est étudiante en licence de Lettres Modernes. A peine plus âgé que sa sœur avec laquelle il entretient depuis toujours une relation fusionnelle, quasi incestueuse, Axel ne fait rien de sa vie et semble rongé par un désir malsain d’autodestruction. Depuis quelques mois, il fréquente le patron du Monkey Club, un homme à la réputation sulfureuse soupçonné d’être au centre d’un important réseau de trafic de cocaïne et de prostitution masculine.

Le soir de ses vingt ans, au cours de la fête d’anniversaire qui réunit tous ses amis, Lisa reçoit un étrange cadeau anonyme, un manuscrit vierge portant seulement le titre du récit – Graine de Soleil – dont elle avait entrepris l’écriture entre dix et treize ans avant d’abandonner son héros, un jeune Inca du XVIe siècle, double fictif d’Axel, dans les méandres de l’intrigue. Incitation à terminer l’aventure ou volonté sournoise de réveiller de terribles secrets enfouis au plus profond de sa mémoire, ce cadeau va bouleverser la vie de Lisa et celle de son frère.

Commentaires